Diagnostics sociaux

Préambule

Le quartier de Cureghem Bara n’est pas à proprement parler un lieu où il fait bon vivre.

 

La population, de plus en plus nombreuse, essentiellement d’origine allochtone, s’entasse dans des logements en mauvais état aux loyers prohibitifs.

La moyenne d’âge des habitants est très basse, les familles nombreuses y sont légions, les infrastructures culturelles quasi inexistantes et peu fréquentées, les espaces verts aux abonnés absents (un seul parc, celui de la rosée).

Les crèches et les écoles maternelles y sont en sous-nombre. Les écoles secondaires n’offrent que très peu d’opportunités en dehors des sections techniques et professionnelles.

Les emplois, en dehors de l’économie parallèle, jouent les abonnés absents, et les jeunes diplômés de l’enseignement secondaire supérieur y sont denrée rare.

Le quartier concentre aussi un nombre important de familles vivant de revenus octroyés par la caisse de chômage ou le cpas. Le nombre d’exclus par ces deux organismes y atteint également des taux records, comparé au reste de Bruxelles. La précarité y est donc la norme.

Les jeunes sont les premières victimes de la paupérisation générale. N’ayant plus la possibilité d’émarger à la caisse du chômage sans avoir obtenu leur diplôme de fin d’humanités secondaires, ils « campent » après leur majorité dans les écoles qui veulent encore bien les inscrire, sans aucune volonté d’achever leur cursus, mais bien pour conserver leur droit aux allocations familiales.

Paradoxalement, alors que de plus en plus de jeunes fantasment une carrière sportive, seule à même selon eux de les sortir de la misère, le manque d’activités de ce type est important.

Les logements vétustes, exigus et insalubres sont loués à des prix prohibitifs par des marchands de sommeil prospères.

Le déficit culturel est énorme, et les jeunes ne dépassent plus que très difficilement le premier degré, ce qui rend l’analyse et l’esprit critique quasi impossible. Les conséquences sont potentiellement très lourdes : cela fait le lit de toutes les dérives populistes et extrémistes.

La faillite de l’institution école est patente.

Le décrochage scolaire est devenu la norme, les décrochés « passifs », présents de corps mais pas d’esprit, représentent la majorité des élèves présents dans les classes, accumulant les années de retard.

Une majorité des jeunes nous sollicitant sont illettrés, et l’analphabétisme est extrêmement courant, y compris dans des familles présentes sur le territoire depuis très longtemps, voire deux générations.

Le nombre de demandeurs développant des pathologies relevant de la santé mentale est en pleine explosion. Celles-ci, d’après notre analyse, sont générées par une précarité grandissante. L’impossibilité de se projeter dans l’avenir sans développer d’angoisses générées par le manque objectif d’opportunités génère un manque de sens. Ce dernier est pourtant fondamental dans la construction d’un individu équilibré.

 

Les stratégies de survie mises en place par la population qui sollicite notre aide sont aussi nombreuses qu’alarmantes :

Nous constatons un nombre grandissant de jeunes filles pratiquant une prostitution décomplexée qui se refuse à porter son nom. Une pudeur empêche toujours les garçons de se livrer à ce sujet, mais nous ne sommes pas dupes.

Le deal est bien présent sur le territoire de l’amo, et concerne de très jeunes garçons, souvent dès l’école primaire. Ils font d’abord le guet, puis « montent en grade » au fil des années.

Le travail au noir est extrêmement répandu, tant chez les jeunes que chez leurs parents, qui sont largement exploités par des employeurs sans scrupules (parfois eux-mêmes issus de milieux socio-économiques défavorisés).

Les familles sont à la recherche de la moindre rentrée d’argent, souvent essentielle. La scolarité n’est plus une priorité pour nombre d’entre elles. Le travail des mineurs est en pleine expansion.

 

Tous ces constats sont mis en évidence par nos diagnostics sociaux successifs.

Diagnostic 2020

 

 

Diagnostic social 2020.

 

 

 

Fondamentaux du service.

 

 

L’Amo Rythme est née des cendres de l’AJQP amo, qui avait articulé l’ensemble de son action au profit des adolescents en rupture de scolarité, voire en désaffiliation scolaire complète.

 

Il était donc naturel, à l’époque, de construire un projet éducatif fortement imprégné de cette problématique. Ceci reste aujourd’hui en partie vrai, cela étant cohérent compte tenu des demandes formulées quotidiennement par les jeunes et familles qui nous sollicitent (voir analyse des demandes). Cependant, une diversification de nos pratiques s’est peu à peu imposée, et nos champs d’action se sont maintenant complètement ouverts, jusqu’à rendre les suivis relevant du cadre strictement scolaire quasi anecdotiques, du moins au sein du travail individuel.

 

Nos actions collectives, en revanche, sont toujours majoritairement tournées vers le monde scolaire, tant les difficultés rencontrées par les jeunes qui le fréquentent (à savoir la quasi-entièreté du public susceptible d’être aidé par une AMO) y sont nombreuses, diverses et grandissantes.

 

Analyse des demandes et de leur évolution.

 

Nous avons travaillé sur le long terme avec plus ou moins 350 jeunes dans le cadre de projets collectifs visant l’accrochage social et scolaire, ceci dans le cadre d’un partenariat construit avec les quatre écoles secondaires et CEFA proches de notre service. Ces actions prennent des formes diverses, mais leur objectif unique est de libérer une parole, susciter le débat, la confrontation d’idées, le positionnement et in fine l’auto-détermination. La parole des jeunes en est donc le pivot central, et elle sous-tend en permanence nos axes de travail. Les témoignages des jeunes recueillis de manière informelle lors de ces ateliers confortent nos analyses. En outre, nombre des ces jeunes sollicitent également dans un deuxième temps des suivis individuels, quelques fois plusieurs mois après leur implication dans un travail collectif.

 

Dans le cadre de l’aide individuelle, nous avons traité 327 suivis. Parmi ceux-ci, 64 ont fait l’objet de simples orientations, ou n’ont pas été investies par les jeunes ou familles.

 

263 suivis individuels ont été menés sur une plus longue période. 62 ont connu une issue relativement rapide, 201 ont fait l’objet de suivis extrêmement longs impliquant des problématiques multiples.

 

 

L’analyse de ces suivis et la comparaison avec le même travail mené en 2017 est riche d’enseignements. Nous avons utilisé pour cela le même outil statistique. Pour ce faire, nous avons établi neuf grandes catégories, elles-mêmes subdivisées afin d’affiner notre regard. Certaines comportent jusqu’à vingt-cinq 25 sous-items, ce qui nous permet de mener des analyses relativement fines en ce qui concerne l’évolution des situations rencontrées.

 

Le tableau ci-dessous condense à lui seul l’ensemble des constats que nous pouvons tirer à la fin de ce triennat. A gauche, la synthèse des analyses de 2017, à droite, celles de 2020. Les dossiers ouverts avant janvier 2017 et qui ont été actifs après cette date ne sont pas pris en compte dans cette analyse, ayant déjà fait l’objet d’un travail lors du diagnostic précédent. Ils sont pourtant nombreux à être restés actifs, et certains font même toujours l’objet d’un suivi en 2020.

Pour un total de 281 demandes analysées. Pour un total de 263 demandes analysées.

2017

 

 

Ordre d’importance

Problématiques

%

1.

Scolarité

36 %

2.

Famille

18 %

3.

Santé

9 %

4.

Emploi

8 %

5.

Loisirs

8 %

6.

Justice

7 %

7.

Finances

7 %

8.

Allochtones

4 %

9.

Logement

3 %

2020

 

 

Ordre d’importance

Problématiques

%

1.

Scolarité

31.62 %

2.

Famille

16.2 %

3.

Finances

12.2 %

4.

Santé

8.2 %

5.

Emploi

7.9 %

6.

Logement

7 %

7.

Loisirs

6.6 %

8.

Allochtones

5.6 %

9.

Justice

5 %

 

 

Plusieurs observations rapides s’imposent :

 

Nous n’avons pas constaté d’augmentation du nombre des demandes dans le cadre de l’aide individuelle. Leur nombre a même très légèrement baissé.

 

Les problématiques rencontrées sont toujours les mêmes.

 

Le degré d’occurrence de ces dernières est très différent.

 

La multiplicité des difficultés rencontrées par les mêmes familles, déjà pointé en 2017 se confirme : 263 demandes ont fait l’objet de 1256 difficultés présentées par les jeunes ou les familles.

 

Si les problématiques scolaires restent la porte d’entrée principale, elles se font moins nombreuses. Les problématiques familiales suivent le mouvement dans une moindre mesure.

 

Les demandes d’aide liées à des difficultés financières augmentent de 5.5 %, suivies par les problématiques liées à la santé puis à l’emploi, qui restent assez stables. Enfin, l’item « logement » augmente de 4 %. Ceux-ci pourraient d’ailleurs s’ajouter aux 12 % des situations de précarité financière, tant ces deux points sont intimement liés dans le quartier.

 

 

Les neuf constats de vulnérabilité sur lesquels se focalisera notre action future, tant au niveau individuel que collectif :

Si un certain nombre d’entre eux peuvent trouver une réponse locale à l’échelle de notre service, d’autres, plus généraux, mobiliseront notre capacité d’interpellation et dépasseront le cadre de notre AMO.

 

 

1. En chiffres absolus, sur 263 demandes analysées, 152 comportaient un volet « difficultés financières », 103 un volet « santé », 100 un volet « emploi » et 88 un volet « logement ». Si l’on considère que ces quatre items concernent de près ou de loin la précarité matérielle, le constat est sans appel : la quasi-totalité des demandeurs rencontrent des difficultés matérielles et sociales sévères.

Sans surprise, ce sont les liens entre familles et CPAS qui représentent à elles seules le tiers des demandes liées à la catégorie « finances ». Nous avons rencontré à ce sujet la cellule jeunesse du CPAS d’Anderlecht avec laquelle nous nourrissons des liens fréquents, mais il serait urgent que le protocole de collaboration Aide à la Jeunesse/CPAS soit d’application dans les dix-neuf communes, tant les disparités de traitement s’avèrent importante en fonction du domicile des jeunes et familles.

 

2. La nature des demandes a changé : si le jeune reste assez « prude » quant à la description de son quotidien, les parents de ces derniers n’hésitent plus à nous solliciter et nous demander de l’aide, leurs situations sociales ne leur permettant plus d’être du moindre secours pour leurs enfants, englués qu’ils sont dans la mise en place de stratégies de survie pour eux-mêmes et leurs familiers.

Outre des accompagnements nombreux vers des banques alimentaires, médiateurs de dettes, avocats, CPAS, agences de logement etc., il est une difficulté qui apparait fréquemment, c’est le manque structurel de place dans les crèches, qu’elles soient anderlechtoises ou d’une autre commune bruxelloise. Ceci plonge les mamans dans une situation qui les paralyse entièrement, et très spécifiquement les plus jeunes d’entre elles. Elles n’ont en général pas terminé leur cursus scolaire, et aucune formation ne leur est de facto accessible. Même les projets à destination des NEETs que nous mettons en place ne leur sont que très difficilement ouvertes. Cette « double peine » nous semble inadmissible.

 

3. Le repli communautaire s’intensifie, et la mobilité des jeunes et des familles est de plus en plus problématique. Les rues sont désertes, beaucoup de jeunes ne connaissent de la ville que leur pâté de maison et le chemin de l’école. Le critère essentiel de choix de cette dernière est sa proximité, et non les options qu’elle propose. L’apprentissage du français ou du néerlandais est très difficile pour beaucoup, puisqu’ils n’y sont presque jamais immergés. Des classes entières sont constituées d’élèves en provenance de la même région (Cureghem concentre par exemple une population Syrienne Dom extrêmement nombreuse), ce qui rend l’apprentissage du français plus qu’illusoire.

 

4. L’analyse des demandes liées à la scolarité nous apprend que là aussi un glissement s’opère : 17.5% d’entre elles sont liées à un taux d’absentéisme record, et près de 20 % à un sentiment de « mauvaise orientation », mais sans prise de position quant à une alternative quelconque, ce qui signifie que plus de 37 % des étudiants se manifestant ont consommé leur rupture avec la scolarité. Ceci se confirme d’ailleurs lors de nos actions collectives : le décrochage « passif » est massif dans les six établissements concernés. Les aspirations de beaucoup de ces jeunes se limitent à l’obtention d’un revenu d’insertion qu’ils considèrent comme un aboutissement. Ils emploient d’ailleurs régulièrement l’expression « gagner sa vie » lorsqu’ils l’évoquent…

 

43 % des situations répertoriées sous l’item « Emploi » concernent des jeunes nous sollicitant pour la rédaction d’un curriculum vitae qu’ils sont incapables de rédiger seuls (même de manière sommaire), ou sont en demande d’aide en vue de comprendre le contenu des annonces d’emploi ou de formulaires administratifs. Nous constatons une hausse spectaculaire de l’analphabétisme, mais surtout de l’illettrisme au sein de notre « public ».

Les exclusions qui jadis mobilisaient une bonne partie de notre énergie, ne représentent plus que 3.3 % des demandes. Elles ne sont pourtant pas moins nombreuses, mais elles revêtent pour les familles une importance moindre. Quelle importance en effet la scolarité peut-elle encore revêtir quand les priorités sont : logement et nourriture ? Il faut également relever le travail mené par les SAS qui prennent en charge une partie de ces jeunes, mais une partie seulement.

Les Commissions Zonales, souvent, renoncent faute de réels projets exprimés par les jeunes. Les écoles prêtes à les accueillir font évidemment défaut, mais quelques fois nous nous heurtons tout simplement à un refus de recherche de nouvel établissement. Même la mobilisation par notre AMO du service de l’inscription de l’enseignement obligatoire, dernier recours lorsque tout a été tenté, mène parfois à un échec, y compris pour des élèves devant intégrer une première commune !

 

19 % des demandeurs sont en recherche d’école, que cela soit en maternelle, primaire ou secondaire, et le manque de place dans de nombreuses sections se fait lourdement sentir.

 

5. Restaurer les liens familiaux distendus fait de longue date partie de notre pratique professionnelle. Le soutien dans le cadre de violences familiales représente 13 % des demandes liées à l’item « familles », chiffre stable par rapport au dernier diagnostic, mais les violences décrites sont plus extrêmes, sans que nous ne puissions nous prononcer quant à la cause de ce phénomène : vraie augmentation de la violence, ou parole qui se libère sous l’influence du contexte global ? Divers services, parfois étrangers à l’Aide à la Jeunesse, accompagnent vers nous des familles en grande difficulté.

 

6. Les demandes liées aux loisirs sont très rarement exprimées par les jeunes. Il s’agit d’une recherche d’activités « occupationnelles » souhaitées par les parents, souvent pour les plus petits.

 

Nous constatons une carence de structures accueillant des jeunes porteurs de handicaps. Les parents sont alors démunis, et la situation est plus dramatique encore lorsqu’il s’agit de jeunes vivant une exclusion scolaire : elles sont fréquentes dans le spécialisé, et les chances de trouver un nouvel établissement scolaire sont minces et prennent parfois beaucoup de temps, d’autant que s’ajoute souvent à cela la recherche d’un nouvel internat, ou d’une navette scolaire. Le jeune est alors à demeure chez des parents qui n’ont pas toujours les ressources ou le réseau nécessaire pour gérer ce changement radical.

 

Lorsqu’un jeune nous parle de recherche d’activité sportive, il s’agit la plupart du temps de football, et l’intérêt porté se réfère surtout aux salaires des joueurs les plus médiatisés. L’attrait pour la culture ou même de simples activités ludiques est proche du néant. Le smartphone occupe tout l’espace au point d’être devenu un véritable « organe » supplémentaire.

 

7. Les jeunes et familles issus de vagues migratoires récentes en demande d’aide concernant leur régularisation représentent 27 % des demandes reçues contre 9 % il y a trois ans. Ces familles sont démunies tant financièrement que culturellement. Elles peinent à comprendre les exigences d’une société dont elles ne maîtrisent en rien la langue.

 

8. Les demandeurs en quête de soutien psychologique, pédopsychiatrique ou d’orientation vers un service de santé mentale représentent 28 % du total des item « santé », ce qui est pour le moins interpellant (29 jeunes sur 103 identifications de problématique, ce qui fait 11% des demandes reçues par le service !).

 

9. La situation des jeunes filles nous préoccupe grandement. Nous avons identifié neuf situations impliquant une prostitution décomplexée ne portant pas son nom, et quatre de mineures (ou très jeunes majeures) enceintes ayant choisi de mener leurs grossesses à terme. Dans les deux cas, le moteur nous semble être le même : une précarité financière et culturelle qui pousse ces jeunes filles à fantasmer un avenir et un statut différent. Dans les deux cas, il s’agit d’une quête de « respectabilité », aussi paradoxal que cela puisse paraître. S’afficher avec des cadeaux luxueux (portable, vêtements, chaussures, …) obtenus en échange de « services » sexuels leur permettrait d’obtenir de la société la respectabilité tant souhaitée. Dans le cas de grossesses précoces, et il est important de réaliser qu’il s’agit d’actes volontaires, et non fortuits : c’est l’accession au statut de mère qui fait office de graal illusoire ouvrant les portes de cette même respectabilité.

 

 

 

Actions écoulées : objectivation et adéquation.

 

° Projets menés en partenariat avec les écoles secondaires du quartier visant à l’accrochage social.

 

Ils prennent différentes formes, tout en ayant tous les mêmes objectifs : l’accrochage social et de facto scolaire, la restauration de l’estime de soi et l’ouverture à l’autre. Ces formes sont déterminées par la dynamique des groupes eux-mêmes, la force de notre action étant son adaptabilité permanente.

Ces projets sont menés par notre service depuis sa création. Ils ont peu à peu intégré de nouvelles collaborations, se sont impliqués dans les projets MFI des CEFA partenaires, puis dans l’organisation de leurs sections orientantes, ont profité un temps de financements du fond social européen, et se développent toujours grâce à nos ressources internes et l’implication de l’ensemble des travailleurs du service.

Concrètement, avec la collaboration de six écoles partenaires (Arts et métiers, CEFA de Bruxelles ville, Institut de la Providence, CEFA d’Anderlecht, Institut Marius Renard et épisodiquement Institut Notre Dame), nous menons des projets majoritairement avec des groupes classe de deuxième complémentaire et troisième professionnelle (sans exclusives). Ces sections concentrent en effet les jeunes qui sont amenés à opérer des choix de vie et qui s’avèrent la plupart du temps incapables de l’assumer.

Partant du principe que l’ignorance et le manque de culture ne peut que générer plus de lui-même, nous utilisons différentes stratégies imperceptibles par les jeunes ayant pour but de libérer une parole à l’intérieur d’un processus collectif menant au débat. Le cadre est évidemment important, et il n’est pas question ici de parole libre non accompagnée. Il est fondamental d’offrir aux jeunes concernés un cadre qui garantit leur sécurité tant physique que psychologique.

Ces projets se mènent en général en nos murs, en présence de deux travailleurs de l’AMO et d’un accompagnateur scolaire, en général l’éducateur ayant en charge l’accrochage scolaire au sein de son établissement. Son rôle est important non dans l’animation proprement dite, mais bien dans le lien qui se tisse entre les jeunes et leur scolarité.

Chaque atelier collectif fait l’objet d’une évaluation immédiate en deux temps : avec l’ensemble des participants, puis entre animateurs. Cependant, au-delà de cette évaluation ponctuelle, le critère principal qui est retenu par l’équipe de l’Amo Rythme, c’est celui du retour de certains jeunes qui sollicitent par la suite un entretien individuel. Ils sont la preuve de l’efficience de nos actions. De sujets « captifs » (puisque nos ateliers prennent place durant le temps scolaire), ils deviennent demandeurs, preuve que la confiance est installée.

La demande est importante, et chaque année nous sommes amenés à refuser à regret l’une ou l’autre collaboration, la plupart du temps extérieure à notre zone d’implantation prioritaire.

 

L’année scolaire dernière, nous avons expérimenté un atelier à l’école primaire. Investir cette dernière est un désir que nous avons depuis longtemps : c’est là que nait véritablement le phénomène du décrochage (nombre d’écoles primaires excluent d’ailleurs maintenant des élèves, et même des écoles maternelles. L’orientation vers l’enseignement spécialisé de jeunes jugés « inadaptés » pose aussi de plus en plus question.

Le biais utilisé était un atelier photo qui s’est clôturé par une exposition au sein de l’école. Les élèves, après une brève initiation, se sont vu confier un appareil digital par groupes de deux ou trois, avec pour mission de ramener d’une sortie à caractère culturel un nombre précis de clichés.

Le bilan tiré par les jeunes et leurs enseignants en a été positif, mais le lien tissé avec notre service n’a pas permis d’objectiver de véritable plus-value au niveau de notre mission de prévention. La poursuite du projet, qui ne fait pas de doute, fait depuis quelques mois l’objet régulier d’un travail de réflexion au sein de notre équipe afin d’en mieux définir les modalités et objectifs. Notre rôle n’étant pas d’être auxiliaires de l’institution scolaire, mais bien de viser l’épanouissement global des participants.

 

Ces différentes actions continueront donc à être développées par notre service.

 

 

° Projets à destination des NEETS.

 

 

Amarrage (financé par le fond social européen)

Depuis un an maintenant, grâce à un financement européen, un projet à destination des NEETs a été mis en place. En collaboration avec le CEFA de Bruxelles ville, l’Institut de la Providence, le CEFA d’Anderlecht, l’Institut Notre Dame et l’Institut des arts et Métiers, un travailleur engagé pour l’occasion rencontre les jeunes NEETs identifiés par les établissements scolaires, noue avec eux des liens de confiance, les accompagne vers notre service s’ils sont demandeurs d’un suivi individuel, mais surtout les aide à opérer des choix de vie en leur permettant, à la demande, de mener à bien des essais-métiers auprès de patrons partenaires d’occasion. Ces essais prennent la forme de stages courts (une semaine renouvelable une fois maximum) qui permettent aux jeunes demandeurs de confronter leurs visions du monde du travail à la réalité. L’objectif est de favoriser une resocialisation et un choix d’orientation et de formation.

Rapidement cependant, il est apparu qu’un certain nombre de jeunes n’étaient pas mobilisables car peu investis dans un projet d’avenir. Cela nous semble inévitable : c’est précisément à la fois la cause et la conséquence de leur relégation. Un travail se concrétise actuellement, impliquant plusieurs partenaires (Institut Notre Dame et AMO Tcc Accueil). Des groupes de jeunes sont constitués et une dynamique positive créée. Un projet de séjour de rupture se met en place.

Le seul bémol est que ces activités pourront difficilement être pérennisées sans nouveau financement à la fin du projet prévue pour le 31 décembre 2020.

 

 

 

100% Jeunes.

Projet également financé par le Fond Social Européen et soutenu par Actiris à destination des NEETs, 100% jeunes mobilise au sein de l’Amo Rythme un travailleur mi-temps engagé et financé pour l’occasion (5 ans). Il est mené en partenariat avec Pour la Solidarité (PLS), qui porte le projet et met également à disposition un travailleur mi-temps, AWSA-Be (Association experte en matière d'empowerment), E.V.E.I.L (Structure spécialisée dans l'encadrement pédagogique d'adolescents et de jeunes adultes), la Mission locale de Saint-Josse (Structure communale qui informe, conseille et accompagne les personnes dans leur recherche d'orientation professionnelle, d'emploi ou de formation), et Smart (Coopérative qui apporte des réponses concrètes, propose des conseils, des formations et des outils administratifs, juridiques, fiscaux et financiers pour simplifier et légaliser l’activité professionnelle des travailleurs autonomes).

 

Cette action réunit des jeunes majeurs en ayant formulé la demande après un suite de rencontre et de passages d’informations. Ils s’engagent alors dans un processus s’étendant sur douze mois. Les six premiers, un suivi individuel et un travail collectif est mené, les six derniers, auxquels nous ne participons pas, relèvent du suivi qui mène à une sortie positive, à savoir un emploi, un projet scolaire ou une nouvelle formation.

L’Amo Rythme s’implique dans la première partie du projet et anime les ateliers culture, à l’image de ceux que nous menons dans le cadre des projets construits dans les écoles. Nous sommes évidemment impliqués dans les suivis individuels des jeunes qui en font la demande.

 

Ce projet est encore assez jeune et il est trop tôt pour en tirer des enseignements définitifs, mais jusqu’ici nous ne pouvons que nous féliciter du partenariat. Les craintes que nous formulions au départ concernant le respect de notre code de déontologie ont aujourd’hui disparu, les différents partenaires ayant parfaitement intégré notre manière de travailler et d’aborder les demandeurs. Nous considérons donc ce projet en complète adéquation avec nos missions préventives, même si, comme souvent, la vulnérabilité du jeune a été mise à rude épreuve avant notre intervention.

 

Ces différentes actions continueront donc également à être développées par notre service.

 

° Atelier vélo.

Depuis près de cinq ans, nous organisons un atelier vélo dans le parc de la rosée les mercredis après-midi, du printemps à la fin de l’automne. Il s’agit d’entretenir les bicyclettes des enfants (en général de treize ans maximum) du quartier qui connaissent le rendez-vous et viennent nous y rencontrer. Cette activité est évidemment gratuite pour ces jeunes, et l’idée soutenant l’action est de nouer des liens entre ceux-ci et notre service, pour que, une fois identifiés, ils puissent nous solliciter si d’aventure ils rencontraient des difficultés plus tard. Nous nous heurtons cependant à une réalité du terrain : si notre atelier fonctionne très bien, et que les enfants y sont nombreux à nous solliciter, ils s’avèrent incapables (même des années plus tard) de franchir les quelques… 400 mètres qui nous séparent de leur « quartier ». Nous sommes pourtant à deux pâtés de maison. Donc dans le « Grand Ailleurs », et ils ne s’aventurent jamais si loin de leur domicile. Nous faisons partie d’un autre « territoire ». Cela peut sembler absurde, mais c’est la réalité. Il n’en demeure pas moins que cet atelier est un prétexte pour ébaucher des relations informelles avec la population, mais celle-ci se fait rare dans l’espace public, et les ados en sont absents.

 

Cette action est en réflexion et subira sans doute l’une ou l’autre modification dans son application.

 

 

° Atelier conte.

 

Cet atelier existe depuis cinq ans également, et nous tient très à cœur. Son objectif est double :

- amener des jeunes enfants (de 5 à 8 ans) à découvrir le plaisir de la lecture par l’écoute de contes issus de livres. La présence physique de l’objet et la possibilité par les enfants de le manipuler le désacralise et nous semble fondamental auprès de jeunes enfants qui n’en possèdent souvent pas eux-mêmes et ont peu (pas) d’exemples de personnes les manipulant dans leur vie quotidienne.

- Après le moment « magique » de la lecture, un goûter est offert aux parents qui sont tenus d’accompagner leurs enfants. Cet espace informel permet la rencontre et favorise le dialogue.

Hélas, il est très difficile d’attirer les familles en nos murs pour une activité qu’elles jugent aussi futile.

Dans un premier temps, cette dernière était organisée chaque dernier vendredi du mois en fin de journée, après la fin des cours. Le manque de fréquentation (alors que nous allons régulièrement mener cette activité dans des écoles ou des maisons de quartier, pour la rendre visible et donner aux enfants l’envie de fréquenter notre activité) était manifeste. Quelques fois, aucune famille ne venait. Nous avons donc décidé de la déporter vers nos ouvertures mensuelles du samedi, pensant que le public serait plus réceptif. Il n’en est rien.

Fausse bonne idée ? Possible. Nous cherchons toujours un moyen de faire vivre cet atelier en nos murs, mais si la fréquentation ne décolle pas, il sera sans doute abandonné d’ici quelques mois et remplacé par un autre à définir.

 

Cette action continuera donc également à être développée par notre service, du moins dans un premier temps.

 

° Identification du réseau, partenariats et processus d’interpellation.

 

Anderlecht :

Participation au collectif « On d’école » amenant concrètement les différents acteurs de terrain à se rencontrer et échanger sur la problématique. Les domaines d’action de chacun sont explorés et les constats sont mutualisés. Des rencontres sont organisées au sein de chaque service actif sur le territoire de la commune. Des groupes d’enseignants et d’éducateurs sont également pris en charge lors de leurs journées pédagogiques. Des visites-promenades d’une demi-journée leur sont proposées afin de leur faire découvrir le tissu associatif de la commune, et donc les ressources auxquelles ils peuvent faire appel le cas échéant. L’ensemble des PMS actifs à Anderlecht sont parties prenantes au collectif, ainsi que l’Antenne scolaire et les trois AMO anderlechtoises (la quatrième attendant d’être mieux « installée » avant de nous rejoindre concrètement). Les trois AMO participantes sont les seuls services membre du collectif susceptibles de porter un processus d’interpellation s’il échet.


 

Participation à la plateforme intersectorielle organisée à l’Institut Notre Dame dans le cadre d’un projet « Fond social Européen » réunissant acteurs de l’école, du CPMS, de l’antenne scolaire et deux Amo (TCC Accueil et Amo Rythme). Les rencontres organisées le sont hélas très erratiquement.


 

Rencontres fréquentes avec les directions des quatre établissements scolaires secondaire du quartier, ceci afin de concrétiser des projets communs ou de partager des difficultés ou des réflexions.

 

Echanges réguliers avec l’association Infor Femme, qui nous rend visite trois ou quatre fois au cours de l’année avec des groupes de mères impliquées dans les cycles de formation qu’ils organisent.

 

Rencontres régulières avec l’équipe du Planning familial du Midi.

 

Liens tissés avec les maisons de jeunes et de quartier.

 

Contacts et collaborations, mutualisations de constats et mise en commun des ressources avec Sesame et Tcc Accueil, autres AMO anderlechtoises.

 

 

Au niveau de l’arrondissement :

 

- Participation active au Collectif des Amo Bruxelloises. Représentation de ce dernier au sein du réseau Bru-Stars (réseau bruxellois en santé mentale pour enfants et adolescents).

- Participation active (implication de l’ensemble de l’équipe) à Interpell’action qui a pour objectif primaire l’identification des problématiques rencontrées par les jeunes et les familles de l’ensemble de l’arrondissement par le biais de la récolte de témoignages de bénéficiaires et de travailleurs en contact avec ces derniers, et ce de manière intersectorielle. Dans un deuxième temps, la mise en chantiers d’ateliers mixant bénéficiaires et professionnels aura pour finalité l’élaboration de propositions concrètes visant la résolution des difficultés mises en évidence lors de la première phase. Concrètement, le processus de récolte auprès des professionnels est terminée, et celle auprès des jeunes et familles vient d’être entamée, avec l’aide du centre d’étude de He2b Defré, le CERISES. Ce processus est soutenu par le Collectif des Amo Bruxelloises, et dix-huit services (sur vingt-deux) s’y impliquent concrètement.

La dernière phase aura lieu en novembre 2020 au cours d’une journée de lancement du processus de construction de pistes de solutions. Celui-ci devrait s’étendre bien au-delà, si notre action est une réussite. Il s’agit ici d’interpeller tant la société dans son ensemble que les décideurs politiques plus spécifiquement.

Les constats des travailleurs ayant témoignés lors de notre première enquête sont sans appel, à tel point que les termes « la condition humaine », référence à peine déguisée à Emile Zola, s’est imposée pour décrire les conditions de vie des familles. La précarisation financière, sociale et culturelle est exponentielle, et ses conséquences difficilement quantifiables, mais potentiellement dévastatrices à court terme pour l’ensemble de notre société.

Le rapport d’analyse publié par le CERISES (malheureusement riche en coquilles, ce que personnellement je déplore) est joint à ce diagnostic. Je pense qu’il peut nourrir la réflexion lors de la rédaction d’un diagnostic social global.

 

 

Au niveau de la Fédération Wallonie Bruxelles :

- Participation au groupe porteur d’Interpelamos, processus ouvert à l’ensemble des AMO de la FWB qui désirent mutualiser leurs interpellations. Deux groupes sont actifs en ce moment, l’un traitant du problème de la mobilité, extrêmement sensible en Wallonie, l’autre de la gestion du temps « extrascolaire » (garderies de midi ou du soir) qui pose souvent problème et pour la gestion duquel certaines AMO sont parfois sollicitées, ce qui les laisse quelque peu perplexes.

La participation à ce groupe apporte des éclairages différents sur les problématiques plus spécifiques à la région bruxelloise, et permet de constater que les mêmes causes (la précarité grandissante fait partie de nos constats communs) peuvent avoir des conséquences parfois très différentes, mais toujours aussi dramatiques.

 

- Rédaction et auto-édition chez « Le livre en papier » d’un essai : Venons-en aux faits (Historiettes de nos quartiers) tentant, à partir d’anecdotes suivies d’analyses, de rendre visible aux yeux du plus grand nombre les conséquences qu’ont des choix sociétaux opérés ces dernières années sur les jeunes issus des familles les moins favorisées.

 

 

 

Ces différentes actions nous semblent essentielles tant dans l’affinement permanent de nos constats qu’elles permettent, mais aussi dans les changements concrets qu’elles permettent de mettre en place au niveau local.

Au niveau d’une interpellation plus globale, la congruence des analyses menées par différents acteurs sociétaux ces dernières années (Interpell’action à son échelle, mais aussi le Forum Bruxellois de lutte contre la pauvreté, le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, le Délégué aux Droits de l’Enfant, …) a sans doute influencé la déclaration de politique générale du Gouvernement wallon. Des contacts ont eu lieu, des réflexions menées, et un certain nombre de constats se sont imposés dans la rédaction des programmes des partis dits « progressistes ».

 

Il nous semble fondamental de mener ce type d’interpellation de manière intersectorielle, et nous nous y sommes attelés. Une rivalité entre secteurs, qu’ils fassent ou non partie de l’Aide à la Jeunesse, ne pourra que déforcer une réflexion qu’il est urgent de mener en commun afin d’élaborer des pistes de solutions, des propositions concrètes qu’il conviendra de porter en faisant fi des intérêts particuliers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Synthèse.

 

Notre diagnostic se base :

- sur l’analyse approfondie des demandes reçues et traitées dans le cadre de nos suivis individuels (paroles de jeunes et de parents).

- sur le recueil de la parole des jeunes au cours des nombreux ateliers visant l’expression, la restauration de l’estime de soi, le développement de la capacité d’auto-détermination, et la socialisation que nous menons avec six écoles partenaires.

- sur le recueil de la parole des jeunes NEETs participants aux deux projets menés par notre service.

- sur les constats de professionnels récoltés au sein des différentes plateformes et groupes de travail dans lesquels nous sommes impliqués ( « on d’école »(amo, antenne scolaire et l’ensemble des PMS actifs à Anderlecht), la plateforme intersectorielle aide à la jeunesse/enseignement, les rencontres entre amo anderlechtoises, les rencontres avec le planning familial du midi, infor-femmes et les directions de six écoles secondaires partenaires implantées dans le quartier, le Collectif des Amo Bruxelloises, l’enquête d’Interpell’action, les constats d’Interpelamos, les constats émis lors des réunions de Bru-Stars, les rencontres organisées en nos murs avec les travailleurs des différents projets Amarrage (financés par le Fond Social Européen).

- dans un avenir très proche sur les informations recueillies grâce à l’utilisation de l’outil en création dans le cadre du processus Interpell’action.

 

Démarche d’analyse :

 

C’est en équipe que les différentes informations externes sont filtrées et analysées. Celles-ci proviennent de nos rencontres, nos réunions, nos actions communautaires et nos actions collectives.

Un « outil statistique » a été imaginé. Il se constitue de fiches individuelles figurant dans chaque dossier et sur lesquelles, au fur et à mesure de l’évolution des situations, se cochent les problématiques rencontrées.

Dans un second temps, ces items sont encodés dans un fichier Excell confectionné pour l’occasion qui en fait une synthèse statistique, l’analyse de cette dernière nous donne une image objective de l’évolution des problématiques rencontrées. Les items de ce fichier sont bien entendu évolutifs.

 

Démarche de décision :

 

Les décisions quant à la poursuite, l’arrêt, la modification ou la création d’une action sont collectives.

L’évaluation des actions existantes se fait régulièrement au fil de l’année, et après chaque atelier dans le cadre du travail collectif. Leur pertinence est adaptée régulièrement : elles doivent se remettre en question en fonction des groupes de jeunes les investissant.

En ce qui concerne les actions plus espacées mais moins « sensibles » (ateliers conte, vélo, photo), un point régulier est fait et leurs modalités sont alors en réflexion.

 

Les créations de nouveaux projets, tels ceux destinés aux NEETs, sont également le fruit de réflexions globales, ou de propositions mises en débat. L’entièreté de l’équipe s’impliquant dans l’ensemble des projets, pour que ceux-ci soient véritablement portés, il est essentiel qu’ils rencontrent une adhésion et revêtent du sens pour tous.

 

 

Conclusions :

 

La multiplicité des difficultés rencontrées par les jeunes et leurs familles ne cesse de grandir, ceci s’expliquant par une paupérisation extrêmement rapide de la population sollicitant notre service. Cette paupérisation entraîne un déficit culturel générant un repli communautaire alarmant, et entraîne l’impossibilité pour ces jeunes de mettre en place les processus qui pourraient leur permettre d’améliorer leurs situations. Une partie importante de la population jeune de notre quartier a plongé dans la désaffiliation sociale, sans espoir, et ne s’accordant même plus la légitimité d’en avoir. L’obtention du revenu d’intégration est pour beaucoup devenu le seul objectif. Non pas dans l’espoir de rebondir, mais comme projet de vie.

Les conséquences de cette paupérisation sont nombreuses : crise du logement, de l’emploi, explosions de jeunes majeurs émargeant au CPAS, dettes, violences familiales, augmentation de très jeunes filles enceintes, deal et prostitution, perte de sens de la scolarité entrainant un décrochage scolaire massif bien que souvent passif, enseignants dépassés et impuissants, jeunes majeurs laissés à eux-mêmes sans capacité de « rebondir », illettrisme et analphabétisme grandissant, parents englués dans des stratégies de survie incapables de d’aider leurs enfants, …

 

Les suivis individuels sont de plus en plus lourds, longs et quelque fois désespérants.

 

 

Nos actions collectives d’accrochage social menées en partenariat étroit avec les écoles secondaires et CEFA du quartier s’avèrent on ne peut plus nécessaires. Il en va de même avec nos deux projets à destination des NEETs financés par le Fond Social Européen.

L’axe « interpellation » est investi tant au niveau local (action « on d’école ») qu’à celui de l’arrondissement (Interpell’action) et même de la Fédération Wallonie Bruxelles (Interpelamos).